Théo van Doesburg



Théo van Doesburg est une figure essentielle de l’art du XXème siècle. Il est connu pour être le fondateur de plusieurs mouvements artistiques très influents de l’histoire de l’art, si bien que son nom reste indubitablement lié à De Stijl, au néo-plasticisme, à l’élémentarisme, à l’art abstrait ; mais aussi à l’art concret et au mouvement abstraction-création qu’il fonda en 1931, juste avant de décéder. Démontrant de fait, que ce sont également -et peut-être avant tout- des idées dont il est question dans l’art.
C’est d’ailleurs essentiellement son approche artistique qui a séduit Walter Gropius, lors de son passage à Weimar au début des années 20, et qui a permis d’organiser le grand renversement constructiviste du Bauhaus.

En effet, peintre de formation, Théo van Doesburg n’a pas hésité à explorer toutes sortes de supports durant son parcours artistique tels que la peinture, le dessin, la sculpture, l’architecture, l’architecture d’intérieure, mais aussi le design de meubles, la publicité et l’art graphique.

Mais au-delà de cet accomplissement artistique, Théo van Doesburg a toujours réussi à substantialiser son approche, si bien qu’il fait partie des rares artistes à avoir saisi et compris la dimension politique, sociale et historique du grand renversement qu’opère le modernisme sur les consciences et l’art en général.

Biographie

Tout comme Gerrit Rietveld, Théo van Doesburg nait dans la ville d’Utrecht (Pays-Bas) sous le nom de Christian Emil Marie Küpper le 30 août 1883. Fils du Photographe Wilhelm Küpper et d’ Henrietta Catherina Margadant, il a toujours affiché son attachement à son beau-père, Theodorus Doesburg, d’où ce nom d’emprunt qu’il a officialisé lorsqu’il a débuté sa carrière artistique et auquel il a ajouté la particule « van ».

Il a débuté sa carrière en tant que chanteur, mais c’est surtout en tant que peintre qu’il se fît connaître en 1908, lors de sa première exposition.

De 1908 à 1912, bien que se définissant comme un peintre moderne, il subit, comme beaucoup de néerlandais, diverses  influences, notamment celle de Vincent van Gogh.

Mais c’est en 1912-3 qu’il réoriente radicalement son art en découvrant l’oeuvre et l’abstraction lyrique de Wassily Kandinsky.

Durant le même moment, il n’hésite pas à faire une critique intéressante du futurisme qu’il définit comme un courant essentiellement du mimétisme.

« L’expression mimétique de la velocité ( sur des formes telles que: l’avion, l’automobile … ) est  en complète opposition avec le caractère originel de la peinture qui doit être trouvé dans la vie intérieure »
Eenheid » n° 127 – 1912

C’est donc dans cette recherche des éléments fondamentaux de la peinture, qu’il s’intéressera à son compatriote, Piet Mondrian, son aîné de 8 ans, avec qui il nouera une sorte d’amitié conflictuelle.

Au sortir de son service militaire, en 1915, certainement très impressionné par la démarche purement abstraite de Mondrian, il décide de suivre ses pas en reproduisant l’esthétique de son ami.

Dans la foulée, en 1917, il fonde avec ce même Piet Mondrian, Bart van der Leck, Anthony Kok, Vilmos Huszar, et J.J.P. Oud, la revue De Stijl qui deviendra un courant artistique à part entière.

Convaincu du rôle de la propagande dans l’édification d’un style, du style, il deviendra le fervent rédacteur en chef de la revue, mais aussi de celle de l’art concret, d’ abstraction-création et bien d’autres.

La période Abstraite (1917-1923) 

Cette période est marquée par les découvertes néo-plastiques de Piet Mondrian, que Théo van Doesburg interprète à sa façon : sans trop d’originalité au début ; mais en affirmant progressivement une approche très constructiviste de l’abstraction. Si bien qu’à partir du début des années 20, il commence à reprocher le côté conservateur de la démarche de Mondrian.
C’est la raison pour laquelle il émigre un temps à Weimar (début des années 20), au sein du Bauhaus , dans la nouvelle école qui devient progressivement le centre de l’avant-garde de l’Europe de l’ouest.

La période constructiviste (1923-1931)

Durant l’année 1923, très importante pour l’histoire de l’art, il joue un rôle important en convertissant Walter Gropius aux idées constructivistes. Avec El Lissitzsky qu’il rencontre dans diverses conférences qu’il dispense à Weimar, et dans plusieurs villes l’Allemagne, il va devenir en quelque sorte le principal propagandiste de la nouvelle esthétique constructiviste.

Mais ce n’est pas sans causer des remouds auprès des maîtres de la première garde du Bauhaus qui n’acceptent guère ces idées révolutionnaires. C’est la raison pour laquelle il n’obtient pas de poste de maître qu’il convoitait. A noter que le grand renversement fonctionnaliste du Bauhaus aura plutôt lieu  en 1925-1926 lors du déménagement à Dessau.

En 1923, devant cet échec, il décide de s’installer à Paris afin de convertir l’avant-garde aux idées modernes. Il rencontre durant cette même année sa future femme : Nelly van Moorsel qui deviendra Nelly van Doesburg.

Bien qu’en froid avec Mondrian, ces années (1925-1927) sont marquées encore par l’emprunte De Stijl et du néo-plasticisme, même si van Doesburg l’interprète à sa manière : en définissant les bases de l’élémentarisme.

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Mais progressivement l’art de Théo van Doesburg va subir une profonde réorientation que l’on perçoit parfaitement  au travers de ses deux  grands projets architecturaux :

  1. La restauration du café de l’Aubette où l’esthétique De Stijl est omniprésente.
  2. La construction de sa maison-atelier à Meudon (1929-1931) où van Doesburg opère le grand renversement moderniste : toutes les références esthétisantes comme la couleur, les plans superposés (…) sont complètement absents afin de définir une approche purement fonctionnelle de l’architecture.

Il est évident qu’il a été très impressionné par l’exposition du Weissenhoff de Stuttgart de 1927, comme l’atteste son très bel article paru dans  dans le Bouwbedrijf  (journal d’architecture néerlandais) ; d’autant plus que plusieurs membres de De Stijl y participaient.
Cet événement était  l’occasion pour lui de réorienter complètement la revue en mettant en valeur les talents de J.J.P. Oud, Gerrit Rietveld, El Lissitsky avec qui il pouvait partager sa vision de la création.

L’influence DADA

Theo van Doesburg est sans conteste un esprit libre qui n’a jamais hésité à aborder toutes les problématiques de l’art de son époque. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il a participé également au mouvement DADA sous diverses formes ; notamment en publiant dans la revue Mécano sous le pseudonyme I. K. Bonset (anagramme de  « Ik ben zot », Dutch for « je suis fou »).

Il a aussi publié dans De Stijl sous le même pseudonyme et celui d’ Aldo Camini – très inspiré par la philosophie de Carlo Carrà.

Les dernières années

A partir du début des années 30, la santé de l’artiste néerlandais se fragilise … ça ne l’empêche de prendre part  à l’émergence de plusieurs courants et revues constructivistes comme :

  1. Cercle et Carré (1929) avec Michel Seuphor et Joaquin Torres Garcia.
  2. Art Concret qui aura un destin majeur en France et en Allemagne durant l’après guerre.
  3. Abstraction-Création qui marque la réconciliation avec Mondrian.

En 1931, sa santé se détériore, il est envoyé à Davos où il meurt d’une crise cardiaque.

Après sa mort, sa femme Nelly  a publié le dernier numéro de De Stijl qui rendait un hommage vibrant à la carrière de son mari.

 

Les Ecrits de Théo van Doesburg

Les écrits théoriques de van Doesburg sont extrêmement nombreux. Ils représentent une mine d’or pour les chercheurs et les historiens de l’art car il fait partie des rares artistes influents à avoir perçu la dimension politique, sociale, philosophique du modernisme, de son rapport avec le monde des idées, du grand renversement qu’il a opéré  dans l’histoire. De plus, à l’inverse des futuristes et des constructivistes qui ont participé activement au fascisme et au marxisme-léninisme, Théo van Doesburg a toujours gardé un avis critique sur ces totalitarismes, faisant de lui un esprit sans réel a priori sur les finalités de l’art … ce qui le rend d’autant plus intéressant.

Parmi écrits figurent notamment :

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