Proun – El Lissitzky (1920)



Lazar Lissitzky est une figure  importante à plusieurs égards, car c’est l’artiste -avec Theo van Doesburg- qui réussit à convaincre Walter Gropius d’engager le Bauhaus dans l‘esthétique constructiviste.
Au début, initié plutôt à l’art de son maître et ami de l’époque Kasimir Malévitch,  Lissitzky s’engage à partir des années 20 dans ces nouveaux canons de l’art. Le texte Proun marque cette conversion de l’artiste “au monde de l’objectivité”. Ceci est d’autant plus remarquable que ça se situe au moment même où Malévitch arrive à à l’école d’art de Vitebsk.

Par ses productions, Proun marque le passage du suprématisme au constructivisme. A noter qu’à partir des années 20 Malévicth abandonne peu à peu le suprématisme afin de se consacrer à ses modèles utopiques : les architectones.

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PROUN: de la peinture à l’architecture.

1. Nous avons nommé Proun une station sur le chemin de la construction de la nouvelle forme. […] D’un simple Depicter (peintre), l’artiste devient un créateur (constructeur) de formes pour un nouveau monde – le monde de l’objectivité. Cela ne signifie pas d’être en rivalité avec l’ingénieur. L’ Art n’a pas encore croisé  la science.

2. Proun entend que la construction créatrice de la forme (sur la base de la maîtrise de l’espace), est assistée par la construction économique de la matière appliquée. Le but de Proun est un mouvement progressif sur le chemin de la création concrète, et non la justification, l’explication ou la promotion de la vie.

La vocation de Proun ne réside pas dans des disciplines scientifiques étroitement limitées, fragmentaires et isolées – le constructeur consolide tous les ensembles sa propre quête expérimentale.

Le chemin du Proun n’est pas l’approche incohérente de disciplines distinctes, scientifiques, des théories et des systèmes, mais plutôt le chemin direct de l’influence  sur la réalité. […]

[…]

4. Nous avons analysé la première étape de notre construction, confiné dans un espace à deux dimensions, et trouvé que c’était aussi durable et résistant que sur la terre elle-même. Nous construisons dans cet espace, comme nous le ferions sur le terrain lui-même, et donc devons prendre comme point de départ les notions de gravité et de force d’attraction, comme le fondement de toute construction sur terre. Dans Proun la réciprocité des effets de la gravité [Newton, « pour chaque action une réaction égale et opposée»] se manifeste dans une nouvelle capacité. Nous voyons que la surface (plan) de l’image, le Proun cesse alors d’exister en tant que tel et devient un bâtiment érigé dans toutes les directions. Le résultat de cette expérience s’avère être la destruction de l’axe unique qui mène à l’horizon. Renouvelable, nous sommes vissés dans l’espace. Grâce au Proun nous arrivons à la demande pour une version de ce plan projectif. […]

10. Proun est actif et dynamique.

Le Proun ouvre la création du futur, englobant dans toutes les directions, la nouvelle création collective : à partir de l’avion, il traverse ensuite la modélisation spatiale et  la construction de toute forme de vie en soi.

Proun modifie les formes classiques des arts et laisse derrière lui l’image de la petite individualiste, qui s’est enfermée dans son bureau et qui se cache assis derrière un chevalet …

La vie future – c’est la dalle en béton armé pour la fondation communiste des nations du monde entier. Avec l’aide de  Proun, on peut construire une ville-commune unifiée sur cette base, destinés à la vie dans toute l’humanité.

De cette manière, Proun laisse derrière lui l’image et l’artiste d’une part, la voiture et le mécanicien de l’autre.

[Vitebsk – Moscou, 1920]

 

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