Piet Mondrian



« Qu’est-ce que je veux exprimer par mon oeuvre ? Rien d’autre que ce que cherche chaque peintre : exprimer l’harmonie paar l’équivalence des rapports des lignes, des couleurs et des plans. Mais ceci de la façon la plus claire et la plus forte. » – Piet Mondrian

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Piet Mondrain, né Pieter Cornelis Mondriaan, est un peintre néerlandais né en 1872 à Amersfoort aux Pays-Bas et mort en 1944 à New York.  Il est  un des inventeurs et de l’art abstrait. Ses apports, tant au niveau de la théorie que dans la pratique artistique, font de lui une des personnes les plus influentes de l’art du XXème siècle. C’est en tout cas Mondrian qui a fait connaître et populariser cette nouvelle forme d’art en France et plus généralement en Europe de l’ouest ; si bien que plus d’un demi siècle après sa mort,  il jouit encore d’une notoriété incontestée qui fait de lui un des monuments de la peinture : de grandes expositions dédiées à son oeuvre sont organisées régulièrement dans toutes les grandes places mondiales de l’art.

Mais au delà de ce succès indéniable auprès du public, son oeuvre sert encore d’étendard dans beaucoup de créations contemporaines ; paradoxe tenant au fait, que comme beaucoup de pionniers, Piet Mondrian a vécu la plupart de sa vie d’artiste dans l’indifférence  presque la plus totale, avant qu’il ne devienne une sorte de super star lors de son aménagement à New York à la fin de sa vie.

Mais l’oeuvre de Mondrian a une importance spécifique qui tient au fait qu’elle est très importante d’un point de vue didactique, car contrairement à d’autres artistes de cette même époque, elle reste très logique et progressive, (la logique s’accordant à la chronologie). Si bien que dès qu’il a découvert la langage abstrait, il ne l’a jamais vraiment quitté :  son travail consistant en une épuration constante et progressive de tout référent figuratif.

Voyons comment cela a pris corps  …

1899 – 1916 : des débuts classiques orientés  progressivement vers les grands courants artistiques de la modernité.

Le jeune Mondrian fait  ses gammes à l’Académie Royale des Beaux-arts d’Amsterdam qu’il intègre en 1892. Il y reçoit une formation plutôt classique qu’il oriente vers les canons du réalisme puis du symbolisme : courants très à la mode dans les milieux artistiques de cette époque. On connaît quelques oeuvres comme :

 

A cette époque déjà, le jeune Mondrian cherche à donner une substance à sa démarche dans des théories logico-mystiques qu’il orientera plus tard vers la théosophie.  Remarque qui a son importance du simple fait qu’une grande partie de ses découvertes se feront autant au niveau de la logique que dans les expérimentations picturales. A cette époque, sa source d’inspiration principale est l’art de Jan Toorop.

C’est surtout le passage au fauvisme et partiellement à l’expressionnisme de van Gogh qui aura influence notable sur la suite des événements. Tout comme Malévitch, il gardera de ces expériences l’importance cruciale de la couleur qui est en mesure de définir des rapports universels, contrairement au formalisme réaliste qui ne s’occupe que du particulier.

Le point culminant de la période fauviste / expressionniste  est certainement  Le Mouline rouge (1910)

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Mais la grande révélation arrive lors d’une exposition de Braque en 1911 organisée à Amsterdam où le jeune artiste perçoit les potentialités du cubisme à organiser un langage formel pur. Tout au long de sa carrière, il gardera cette sorte d’allégeance au cubisme et particulièrement à Pablo Picasso.

S’ensuit son premier exil à Paris en 1911. Il s’installe au 33 avenue du Maine à Montparnasse. Atelier un peu excentré par rapport à Montmartre -le quartier de l’avant-garde de cette époque- qui fait douce allusion au « Parnasse » d’Andréa Mantegna. On appellera plus tard les parnassiens : les disciplines de Mondrian -essentiellement des hollandais- qui s’étaient installés dans le quartier.

De 1911-1914, Mondrian est imprégné totalement par le cubisme, et son travail consiste essentiellement à la  production de toiles orientées vers la décomposition analytique où le trait – soit horizontal, soit vertical- prend progressivement une position  dominante dans la composition picturale. On remarque cependant que les potentialités liées à la couleur sont pratiquement abandonnées. C’est à ce moment que son langage pictural, son « système », commence à prendre forme.

Evolution picturale du jeune Mondrian au travers du thème de l’arbre :

En 1914- 1915, de ces découvertes et expérimentations successives,  il commence à signer certains monuments de l’art du XXème siècle comme la fameuse série : Jetée et Océan, qui conserve encore une certaine influence dans le monde de l’art, du fait même que beaucoup d’artistes contemporains l’utilisent comme inspiration picturale.

En 1915, à la mort de son père, il retourne aux Pays-Bas où il réalise quelques expérimentations avant tout intellectuelles, avant de revenir à Paris, en 1917, pour élaborer véritablement le langage abstrait en peinture.

1917-1938 : les années parisiennes

1917 est peut-être l’année de tous les changements dans le monde de l’art. L’atrocité de la première mondiale est un choc civilisationnel et les premières remises en cause de la culture, de l’histoire se font un peu partout en Europe par des artistes qui refusent d’être dans une quelconque continuité par rapport au passé. Le jeune  Theo van Doesburg, impressionné par la démarche de son aîné de l’époque, convainc Mondrian de fonder une revue de  propagande artistique nommée De Stijl, en charge d’imposer une nouvelle façon de concevoir l’approche picturale qui ne serait pas, comme son nom pourrait l’indiquer, de fonder un nouveau style comme on l’avait fait tout au long de l’histoire de l’art ; mais plutôt de définir une forme d’expression pour un monde idéal. Le but de la création étant de viser la beauté pure comme expression de l’universel.

“L’universel dans le style doit être exprimé par l’individuel dans le style, c’est-à-dire par la méthode de formation du style” Piet Mondrian,la nouvelle création dans la peinture, De Stijl #1

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Ceci servira de base  dans ses conceptions de sa démarche picturale. Il nommera cette approche, cette théorie, le Néoplasticisme. L’idée principale étant d’admettre que la réalité n’est plus en mesure de définir une démarche adéquate car particulière. De ce constat, Mondrian ne s’intéressera progressivement qu’aux formes pures de la création : le fond blanc,  les couleurs primaires et les lignes horizontales et verticales en noir et de différentes épaisseurs pour délimiter les forces internes des compositions, incarnant (universalisant) elles-mêmes les dualités de la vie réelle.

« ce rapport est à l’image de la dualité et des oppositions qui régissent d’une façon générale la vie et l’univers – le masculin et le féminin, l’extérieur et l’intérieur, le matériel et le spirituel » »

En 1919, il s’installe dans son fameux atelier du 26 rue du Départ à Montparnasse. Cet atelier est une des premières expérimentations visant à définir les bases d’un art total. Dans son nouvel atelier, qui est un des plus célèbres de l’histoire de l’art, Mondrian disposait des cartons colorés dans l’espace et au gré des avancées de ses travaux. Admettant de fait, qu’un tableau tire aussi son essence par le modèle architectural qui le contient.

Cependant, Mondrian n’ira qu’à de rares fois plus loin dans ce type d’expérimentation (ex : il fera les dessins pour la bibliothèque-cabinet de travail d’Ida Bienert). Et ceci ne sera pas sans poser certains problèmes avec Théo van Doesburg qui commencera à partir du début des années 20, à reprocher le conservatisme et la vision un peu sclérosée de la création. A ce titre, il est important de noter que la démarche de Mondrian ne sera jamais réellement constructiviste. De 1920 à 1923, l’art de Mondrian irrigue toute l’avant-garde artistique ; et sa vision de l’art est déclinée autant en architecture qu’en design  que dans les arts graphiques et populaires.

Mais tout change vers 1925, après avoir grandement nourri les créations contemporaines et même celles du Bauhaus, cette vision va soudainement être abandonnée. Le modernisme va imposer la structure et non la décoration comme nouvel étendard. A cette époque,  les relations entre Mondrian et Théo van Doesburg sont au plus mal et la vision abstraite, pure, détachée de la réalité est marginalisée au sein de l’avant-garde et même de la revue De Stijl. Van Doesburg ne faisant même plus appel à ses services pour la rédaction d’articles.

Mais contrairement peut-être à Malévitch, cet isolement au sein de ses pairs ne le fera jamais douter. Il poursuivra ses expérimentations en épurant sans cesse son travail et en abandonnant même les couleurs à partir de 1930, se consacrant qu’aux lignes pures, actant à sa manière ce renversement.

En 1930, il se renoue des relations amicales avec Théo van Doesburg et certains éléments historiques de la revue De Stijl.

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Les surréalistes organisent leur coup d’Etat à Paris en s’apropriant le pouvoir symbolique.Il devient urgent pour les peintres abstraits d’unir leur effort pour organiser  un contre-pouvoir. Dans ce contexte, il devient membre d’Abstraction-Création et de Cercle et Carré. En 1931, Théo van Doesburg meurt précipitamment. Mais les années 30 ne sont vraiment pas des années propices à la création à Paris. Des mouvements anti-modernes prolifèrent un peu partout en Europe. Paris (tout comme Berlin, Moscou …)  se vide progressivement de pratiquement de toute son avant-garde. Il perçoit de plus en plus son expérience parisienne comme un échec dans lequel il nourrit beaucoup de rancœur ; d’autant plus qu’il commence à être reconnu en Hollande mais aussi aux Etats-Unis. D’après certaines sources d’informations qu’il faudrait confirmer, uniquement deux oeuvres auraient été exposées dans des expositions publiques durant toute ces années parisiennes.

Dans ce contexte, l’art de Mondrian n’évolue guère durant ces années jusqu’au moment où il envisage un nouveau départ en aménageant à Londres, puis à New York.

1938-1944 : les années anglo-saxonnes

En 1938, dans une Europe instable, le manque de reconnaissance de on parcours  et devant peut-être l’imminence d’un conflit, Mondrian s’exile à Londres. En 1940, lors des bombardements de Londres, il s’exile une dernière fois à New-York. Malgré certainement une santé chancelante, il donne à ses compositions une sorte de nouvelle vitalité en intégrant de nouveau des couleurs vives (qui ne sont pas forcément des couleurs primaires) et en abandonnant les lignes droites noires. Dans son nouvel atelier au 15 East 59th Street à Manathan qu’il intègre en 1943, il réalise le fameux Victory Boogie Woogie, une composition remarquable qui restera  inachevée et qui est à l’image de la vitalité new-yorkaise incarnée par le succès du Jazz et des lignes orthogonales de Manhattan.
A noter que dans certaines de ses compositions de cette époque, ce sont parfois les lignes qui deviennent colorées qui définissent elles-mêmes cette nouvelle énergie (découvertes qu’il avait entamées à la fin des années 30 à Paris).

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Durant ces années, il fait pleinement partie de l’élite du monde l’art et son génie est reconnu de tous, notamment de Peggy Guggenheim à qui il dispense ses conseils. Son avis est respecté à la hauteur de la révolution esthétique à laquelle il a contribué. Durant ces années, il intègre la la fameuse association des peintres abstraits : American Abstract Artists et devient une sorte de guide pour beaucoup.

Il meurt le 1er février 1944 à l’âge de 71 ans.

En 1945, une grande exposition est organisée au MoMA.  Ses peintures réalisées aux Etats-Unis y sont exposées. C’est une stupéfaction pour beaucoup qui connaissent son oeuvre. Elles montrent la capacité d’un artiste à se renouveler et à intégrer de nouveaux codes que la réalité extérieure lui impose.

Son oeuvre sera interprétée à l’envie par toute une génération d’artistes des années 60 ; mais aussi par une nouvelle avant-garde qui ne cesse de se réclamer de son apport.

 

 

 

 

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