Michelangelo Pistoletto



« Une pomme n’est pas de l’art, mais le concept de pomme peut être de l’art »

Michelangelo Pistoletto est un artiste majeur de la scène artistique contemporaine. Né en 1933 à Biella, dans le Piémont, il débute véritablement sa carrière dans les années 60 dans l’art conceptuel ; mais c’est surtout en tant que membre fondateur et figure de proue d’Arte Povera qu’il se fera connaître ; tout  d‘abord par son exposition  Objets en Moins (1965), qui anticipe  la naissance officielle du mouvement ; mais aussi du fait que l’emblème d’Arte Povera est devenue, le temps passant, sa Vénus aux Chiffons (1967) qu’il présentait déjà lors de la fameuse exposition : Arte Povera – Im Spazio.  Les chiffons étant initialement utilisés par l’artiste pour le nettoyage des peintures miroir.

Mais bien plus qu’un artiste créateur de formes, Pistoletto est aussi, et peut-être avant tout, un théoricien de l’art. Son discours s’insérant du fait même de la fonction du miroir qui n’existe en tant qu’objet, selon Pistoletto, uniquement par le processus intellectuel. Plus tard, il développa sa conception de l’art dans une vision essentiellement sociale et politique qu’il déclinera autour de la Cittadellarte.

pistoletto-portrait

Biographie de Pistorello

Pistoletto fait ses débuts dans l’art très tôt, en 1947, à l’âge de 14 ans, en devenant assistant de son père qui était peintre et restaurateur de tableaux anciens.  En parallèle à ces activités, il étudiait le graphisme à l’école de graphisme publicitaire  d’Armando Testa.

En 1955, il commence une série d’autoportraits dans le style des grandes mouvances de l’art des années 40-50. De ces expériences picturales, il connait sa première reconnaissance en 1958, en remportant le prix San Fedele à Milan.

En 1960, il présente sa première exposition personnelle à la galerie Galatea de Turin. Durant cette même année, il réalise plusieurs autoportraits grandeur nature avec des matériaux comme l’or, l’ argent et le cuivre.

En 1961, Pistoletto  crée la série  intitulée Le Présent, qui sont des peintures de sa propre image sur un fond noir sur lequel une couche de vernis transparent fait transparaître un miroir.

En 1962, il perfectionne la technique de ses Peintures Miroir. Il produit une image sur du papier de soie en agrandissant une photo en taille réelle, peignant celle-ci avec la pointe d’un pinceau, puis apposé sur une feuille d’acier inoxydable polie qui créé un effet de miroir. Ces travaux incluent directement le spectateur dans le processus de l’oeuvre, et ouvrent une perspective nouvelle en inversant les canons de  la perspective de la Renaissance. Les Peintures Miroir, présentées pour la première fois en Mars 1963, à Galleria Galatea, lui donnent  une renommée internationale. Il commence à être invité dans toutes les grandes expositions du Pop Art et Nouveau Réalisme durant toutes les années 60.

Le concept de miroir devient donc en quelque sorte l’emblème du travail Pistoletto et de sa construction théorique. En cela beaucoup disent que c’est certainement le plus lacanien des artistes.

En 1964, à la Galleria Sperone à Turin, il montre son travail qu’il appelle Plexiglas qui est une première transposition dans l’espace réel de la nouvelle dimension ouverte de ses Peintures Miroir. Il l’accompagne d’une déclaration  «conceptuelle» de l’art.

En 1965-1966, il montre un ensemble d’œuvres, intitulé Objets en Moins, dans son atelier. Ces travaux, réalisés dans la dimension contingente du temps et basés sur le principe de la différence, ont rompu avec le dogme de l’uniformité d’un style artistique individuel. Ils sont considérés comme fondamentaux pour la naissance d’ Arte Povera, un mouvement artistique théorisé par Germano Celant en 1967, dont Pistoletto était une force d’animation et une figure de premier plan.

En Mars 1967, Pistoletto commence à travailler à l’extérieur des espaces d’exposition traditionnels. En Décembre de cette même année, il a annonce l’ouverture de son atelier, dans un manifeste qui posait déjà le travail en collaboration. Durant ces années, il fait la rencontre de Germano Celant qui parlait de Pistoletto en ces termes :

« En tant qu’intellectuel son rôle était celui de tisser un réseau européen de contacts entre artistes,  de faciliter l’exposition de Pino Pascali sur ses armes [en Janvier 1966 à Turin], d’améliorer la connaissance de l’art italien en créant le Deposito d’Arte Presente (entrepôt d’Art Présent) […] afin de rendre possible un dialogue entre les galeries, notamment avec Ileana Sonnabend et Gian Enzo Sperone, qui ont commencé à faire circuler des oeuvres venant du Pop Art en Italie et de l’Arte Povera en France, en Allemagne et aux Etats-Unis « . (Germano Celant, dans Un’avventura internazionale, Charta)

Ces années sont d’une incroyable productivité pour toute l’avant-garde italienne qui devient soudainement, et depuis le futurisme, la place centrale de l’art.

A parir de 1973, l’engouement pour Arte Povera s’estompe un peu partout dans le monde. Vision trop radicale de l’art pour l’époque qui voyait émerger d’une façon inéluctable la société de consommation. Phénomène accentué par la crise politique et sociale que connaît le pays à cette époque. Dans ce contexte de désillusion, Pistoletto engage une série d’oeuvres en collaboration avec son père qu’ils nomment  Père et Fils  qu’ils présentent à la galerie Sperone.  Dans  cette exposition Pistoletto montre plusieurs Peintures Miroir. Son père montre, quant à lui, des peintures-pétrole représentant des objets métalliques qui se reflètent dans l’espace autour d’eux, s’incluant de fait, dans l’acte de peindre.

Mais en 1974, la désillusion est certainement trop importante pour les artistes Arte Povera, Yannis Kounellis commence à mettre des animaux morts dans ses installations, et Pistoletto commence à envisager d’arrêter un temps son activité picturale.

En 1975 – 1976, dans les nouveaux espaces de la galerie Christian Stein à Turin (trois chambres reliées par trois portes alignées sur le même axe et de taille similaire à la peinture miroir), Pistoletto réalise douze spectacles consécutifs qu’il nomme Chambres. Les spectacles, couverts au rythme d’un par mois, chaque fois annoncé à l’avance par un texte de l’artiste, donne la possibilité de fusion d’idées, la réalisation et l’exposition et se prêtant à un dialogue continu avec les visiteurs. Ce sont les premiers de ceux que l’artiste appelle les « continents de temps » et qui seront déclinés plus tard dans beaucoup de centre d’art du monde entier.

Juste après cette expérience, il écrit un petit livre Une centaine de spectacles, en forme de carré jaune, publié par la galerie Giorgio Persano, et qui contenait 100 idées pour 100 spectacles, toutes  pensées durant le mois d’Octobre, en accord avec un processus sur la base de «nécessité contingente». Une centaine de spectacles était une sorte de livre de recettes d’expositions dont beaucoup ont été réalisées.

En 1977, Pistoletto place un miroir sur l’autel de l’église de San Sicario, un village de montagne où l’artiste vit périodiquement. Une image de cette action apparaît sur l’affiche et sur la couverture du catalogue de son exposition intitulée Division et Multiplication du Miroir. Par ce biais, Pistoletto débute sa pensée globale autour de l’art, la société et la religion qui aboutira à la fondation de la Cittadellarte.

Au cours de la période 1979-1980, Pistoletto  présente une série de spectacles, Creative Collaboration, qui sont des installations et des actions qui ont lieu dans les musées, galeries et lieux publics dans différentes villes des États-Unis.

A partir de 1980, il se consacre à l’écriture de l’essai La taille Réelle du Jugement Dernier.

Dans cette nouvelle approche, au Teatro Quirino à Rome, le 17 Mars 1981, Pistoletto met en scène la pièce de théâtre Année Une, interprétée par les habitants de Corniglia.

A partir de ces années, Pistoletto va décliner beaucoup de ses inventions conceptuelles dans beaucoup d’endroits dédiés, mais son projet principal va se focaliser autour de la Cittadellarte, la Fondazione Pistoletto, située dans un ancien moulin à Biella acquis par Pistoletto en 1991, et qui a été officiellement inaugurée durant l’été 1998.  Son objectif, en bref, est « d’inspirer et produire un changement responsable dans la société au moyen d’idées et de projets créatifs. »

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En 2000, il réalise le lieu multiconfessionnel  de Méditation et de Prière à Marseille.

Ce lieu de recueillement et de prière a été inauguré durant l’été 2000 à l’Institut d’oncologie Paoli-Calmettes à Marseille. L’espace a été divisé par des écrans en cinq sections disposées autour d’une zone centrale comme les pétales d’une fleur. Quatre sections sont consacrées aux grandes religions ; la cinquième, pour d’autres confessions ainsi que pour les non-croyants, contient une collection de livres. La zone centrale contient le mètre cube d’ Infinity, une des œuvres de Pistoletto de 1966, composée d’un cube formé par six miroirs avec leur surface réfléchissante tournée vers l’intérieur.

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A partir des années 2000, Pistoletto consacre beaucoup de son temps a développer sa pensée conceptuelle. Il vit actuellement à Turin.

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