Hannes Meyer



“Les besoins du peuple … pas ceux du luxe !”

Hannes Meyer est connu pour avoir été le deuxième directeur du Bauhaus. Bien que sa présidence au sein de l’école allemande fut éphémère, l’architecte suisse a proposé des paradigmes et des hypothèses de travail originaux, voire complètement révolutionnaires, dans une époque qui marque le début du modernisme. Conceptions qu’il a poussées à son comble en voulant insérer l’architecture dans le débat social, politique et économique.

C’est donc très justement que Claude Schnaidt débute sa monographie sur Meyer par ces mots :

“Que tardive ou, à certains égards, prématurée, on peut espérer que la publication de l’œuvre de Hannes Meyer va faire la lumière sur certaines questions d’actualité, plus particulièrement le débat sur le statut et le rôle de l’architecte dans la civilisation industrielle, la controverse autour fonctionnalisme, la réévaluation de l’héritage du Bauhaus, et la crise de l’enseignement de l’architecture.”
Hannes Meyer, Marxiste et moderniste.

Sur toutes ces questions en suspens, Meyer, implicitement ou explicitement, a pris une position qui était originale et singulièrement clairvoyante. En général, cependant, c’est la situation générale de l’architecture qui souligne l’actualité du travail de Meyer. Les architectes modernes ne sont plus en mesure de faire face aux exigences qu’ils ont contribué à créer. Les objectifs et les méthodes de l’architecture sont dues à une réévaluation radicale et pour cela, un retour aux sources semble de plus en plus nécessaire.

Mais mieux qu’une interprétation de sa démarche qui souffrirait forcément de raccourcis, Hannes Meyer décrit son oeuvre et sa vie de cette manière :

Dans l’orphelinat de Bâle où j’ai vécu de neuf à quatorze ans, j’ai dû travailler dur pendant de longues années comme apprenti menuisier quand j’étais à l’école. Le dimanche, j’avais l’habitude de recopier les dessins de Hans Holbein[…] c’est à cette époque que j’ai aiguisé mon sens de la forme. De quinze à dix-huit ans, je travaillais comme maçon la journée. Dans la soirée, j’assistais à des cours à l’école technique ; et la nuit et le dimanche, je travaillais sans relâche sur une copie de Viollet-le-Duc pour le château gothique de Pierrefonds. J’ai aussi fait quelques 40 dessins de détails en pierre de taille à Notre-Dame de Paris. Je suis sûr que mon travail quotidien en tant que maçon et mes études du soir, avec les grands architectes gothiques, a formé ma propre identité.
Hannes Meyer, in “Comment je travaille.” Arkhitektura CCCP , Nr. 6, 1933

À l’âge de 27 ans, quand j’ai été engagé pour des programmes de logements à grande échelle pour un grand groupe industriel allemand, j’ai utilisé mon temps libre à dessiner tous les plans du Palladio sur trente feuilles de papier standard (taille 420/594) à une échelle commune. Ce travail sur le Palladio m’a incité à concevoir mon premier programme de logements, le programme Immobilier Freidorf (construit de 1919 à 1921), à partir d’un système modulaire architectural. Par le biais de ce système, tous les espaces extérieurs (places, rues, jardins) et tous les espaces publics (école, restaurant, boutique, salles de réunion) ont été disposés à partir d’un motif artistique qui était perçu par ceux qui y vivent dans une sorte d’harmonie spatiale.
Ibid

Premièrement. Je ne dessine jamais seul. Toutes mes idées arrivent dès le début de la collaboration avec d’autres. C’est pourquoi je considère que le choix des associés appropriés pour être l’acte le plus important dans la préparation d’un travail de création architecturale. L’équipe la plus contrastée dans ses compétences, est pour moi la plus créative.
2. Mon travail de conception est toujours analytique. Au début de ma carrière d’architecte, j’ai trouvé que les croquis qui incarnaient les envolés de mon imagination architecturale tel qu’elles étaient à ce moment-là ont été une sorte de pierre d’achoppement. Aujourd’hui, j’essaie d’aborder la conception – et d’induire mes associés dans cette approche – entièrement sans préjugés ou idées préconçues. Mes croquis préliminaires consistent en d’innombrables analyses sous forme de diagrammes tirés sur la plus petite échelle possible sur un bloc de papier standard carré.
Chaque fois que possible, l’équipe de conception devait saisir l’occasion de mettre sur pied le programme de construction détaillé, car il fournit une bonne occasion de faire une analyse conjointe du problème dont elle doit faire face. Dans tous les cas, l’analyse doit porter sur trois domaines:
a) des éléments technico-économiques
b) éléments politico-économique
c) éléments psycho-artistique

Cette analyse du programme de construction doit être effectuée scientifiquement et systématiquement, car elle est le fondement ultime de la conception. Pour cette raison, j’ai toujours représenté ses résultats graphiquement dans des diagrammes. Le projet prend alors la forme par le travail de l’équipe qui s’effectue en quatre étapes:
Étape 1: Représentation schématique du programme du bâtiment dans lequel des espaces de nature similaire sont regroupés et les caractéristiques analytiques indiqueés (généralement sur une échelle de 1: 500 ou 1: 1000) .
Étape 2: normalisation de tous les espaces de même nature en fixant des types standards d’espaces individuels pour tous (à l’échelle 1: 100 ou 1: 200) Les résultats de l’analyse globale sont rassemblés.
Etape 3: plan schématique de l’ensemble du programme de construction sur une échelle uniforme (généralement 1: 500) montrant l’organisation et le regroupement le plus approprié d’espaces et les liens entre eux. Ce plan définit également les résultats de mise en conformité des espaces avec une présentation sous forme graphique des exigences de nature technico-économique, politico-économiques et psycho-économique.
Étape 4: Élaboration du projet de l’immeuble avec tous les facteurs économiques, techniques et architecturaux. Le plan d’organisation de la construction est strictement observé.Le projet de plan est établi sur la plus petite échelle possible et sous une forme lapidaire normalisée.
Je fais également une analyse de l’emplacement du bâtiment indépendamment de celle du programme de construction. Mes premières visites aux futurs chantiers de construction sont parmi les événements les plus mémorables de ma carrière professionnelle.
Les plantes, les êtres vivants et les minéraux que je trouve me disent souvent plus sur les caractéristiques d’un endroit que les gens qui m’accompagnent. Les études géobotaniques sont un passe-temps personnel. D’ailleurs je ne quitte jamais un chantier sans une section botanique dans ma poche. Les plantes sont un indicateur clair de la nature du sol et sur les conditions de vie de la croûte terrestre.
3. Je préfère le dessin normalisé. Pour cette raison, il est pas mal du tout pour moi de représenter un projet de construction sous une forme graphique. Depuis 1916, j’ai réalisé tous les plans conformément à la réglementation de la norme DIN (normes industrielles allemandes) ou des PTOM (normes soviétiques). Dans la mesure du possible j’utilise aussi une taille de papier standard, un lettrage normalisé, norme division du dessin en plusieurs parties et notations standard en ligne et couleur. Le dessin normalisé fait partie de l’équipement élémentaire de tout architecte. Il est facilement compréhensible par tout le monde et rend l’utilisation rationnelle du papier, du matériel et du dessin. Il simplifie le dépôt et rend la comparaison de différents dessins plus facile. F. Auerbach Physik dans grafischen Darstellungen , qui présente ses idées en dessins concis standardisés, est un des mes livres préférés.

Je préfère autant que possible la concision dans la représentation des plans de construction qui s’effecture sur quelques feuilles de papier de la plus petite taille. Le projet de la célèbre école du a été tiré sur seulement quatre feuilles standards (841 x 1189 mm) sur une échelle de 1: 200, mais tous les détails ont été présentés avec une précision telle que l’on trouve normalement sur une échelle de 1: 100 .Cette conception est la preuve qu’un dessin normalisé peut produire un effet animé et artistique.

En règle générale, je réalise un plan d’ une vue aérienne axonométrique afin de rendre une conception d’un bâtiment.Toutes les pièces sont dessinées à l’échelle et la vue montre comment tous les éléments du bâtiment sont disposés dans l’espace dans des dimensions mesurables. Des erreurs de jugement dans l’agencement des bâtiments sont présentés systématiquement. Il me semble important de concevoir des bâtiments qui devraient être représentés de façon aussi réaliste que possible de sorte qu’ils seront immédiatement compréhensibles à tout membre du public. Pour cette raison, je préfère un rendu de la conception, ainsi je préfère des agrandissements photographiques du site ainsi afin que son effet puisse être jugé facilement …
Ibid

Entre 1927 et 1930, la crise intérieure du Bauhaus, la menace nazie, et les crises qui se matérialisaient dans le système économique mondial capitaliste induit Meyer à donner un engagement social à son approche architecturale. Progressivement il a vu dans le marxisme, la seule doctrine capable de comprendre les problèmes du monde moderne et de les résoudre de manière rationnelle. Immédiatement après son licenciement sans préavis du Bauhaus en 1930, Meyer a déclaré catégoriquement dans une interview:

“Je vais travailler en URSS où une véritable culture prolétarienne est martelée”
Sovremennaia architektura , Nr. 5, 1930. Moscou. (Russie)

Avant de revenir à Bâle, en 1936, quelque peu désillusionné de cette expérience où  le “réalisme socialiste” commence à être imposé dans une URSS qui vire au cauchemar.

En 1938, il part pour le Mexique. Il est amené à prononcer cette conférence sur l’architecture et son enseignement :

Avant de commencer à discuter de la formation de l’architecte, nous devons d’abord être clair dans nos esprits quant à la portée des activités englobées sous le nom de l’architecture.
L’architecture est un processus qui donne une forme et une structure à la vie sociale de la communauté.
L’architecture n’est pas un acte individuel réalisé par un artiste-architecte et chargé de produire des émotions. La conception de bâtiments est une action collective.
La société détermine le contenu de sa propre vie et donc le contenu de l’architecture dans le cadre d’un système social spécifique à l’intérieur d’une période de temps spécifique avec des moyens économiques et techniques spécifiques, dans un lieu précis et dans une situation réelle.
Ce contenu est donc quelque chose de touchant de près les préoccupations matérielles d’une strate collective, une classe, une nation.
L’architecture est donc une manifestation sociale et indissolublement liée à la structure de la société à un moment donné. Une fois caduque, elle devient un simulacre vide et un jouet pour les adeptes épris de mode. Aujourd’hui, à une époque de la plus grande confusion sociale, quand un système social fusionne dans un autre, nous ne devrions pas être surpris si l’architecture elle-même affiche des formes hétérogènes de la transition.
L’architecte est donc un régulateur de mise en forme des processus vivants de sa société. Il étudie ses besoins matériels et spirituels et les convertit en réalité plastique.
Il organise les possibilités techniques et structurelles, il est familier avec les conditions biologiques et connaît l’objet social de son travail, il comprend la mission historique du constructeur, et sait tirer partie du patrimoine folklorique et culturel, il réunit dans son travail les arts les plus disparates, la photographie dynamique de la publicité, le jeu de l’eau, les éléments de la circulation, les arts botaniques.
Ainsi, l’architecte est un organisateur. Il est un organisateur des spécialités sans être un spécialiste lui-même … L’architecte est un artiste, dans la mesure où tout art est une question d’organisation. C’est de la réalité en forme selon un nouveau système …
Comme tous les arts, l’architecture est une question de moralité publique. L’architecte remplit sa fonction morale si il analyse son affectation à la véracité simple de l’esprit et le met sous la forme d’un bâtiment honnêtement et courageusement.
Le mot d’ordre d’une “architecture internationale” en cette ère de l’autosuffisance nationale, de l’éveil des peuples coloniaux, du front commun en Amérique latine contre l’impérialisme, la reconstruction socialiste de l’Union soviétique, et de l’expropriation des chemins de fer, des grands domaines et des puits de pétrole pour les bénéfices du peuple du Mexique, est un rêve que ces esthètes de construction qui, soucieux de penser à la dernière mode, évoquent pour eux-mêmes un monde uniforme de bâtiments de verre, de béton et d’acier , détachés de la réalité sociale …
Cela nous amène au problème du contenu et de la forme de l’architecture. La forme du bâtiment doit avoir un contenu social, sinon il est simple décoration et formalisme. Nous condamnons l’exhibitionniste comme un élément antisocial dans la société, et nous devons aussi condamner ce type d’architecte, pour qui, la construction d’une maison est simplement l’occasion de présenter ses préférences personnelles formelles pour qu’elles soient vues dans la rue. Et le contenu de l’immeuble doit être exprimé avec une maîtrise formelle afin qu’il ne peuve y avoir aucun doute quant aux fonctions sociales de l’immeuble. La cabane normalisée du travailleur de chemin de fer mexicain comme un élément d’un Etat démocratique progressiste, représente une forme supérieure de logement de la cabane d’un camp de travail en Allemagne actuel, même si elles se ressemblent.
Nous pourrions appeler le processus de construction d’une structuration consciente de la situation socio-économique, la technique constructive et les éléments psycho-physiologiques dans le processus de la vie sociale. Nous, architectes, doivons maîtriser cette tâche dans sa totalité, c’est à dire dans toutes les demandes – biologiques, historiques et artistiques -.
Nous devons trouver une solution dialectique aux problèmes de la construction (c’est à dire dans le contexte nouveau d’un temps donné). Nous devons trouver une forme différenciée (c’est-à-dire dans la forme fonctionnelle d’un temps donné) …
Il est extrêmement important que le public puisse jouer un rôle dans la formation de l’architecte … Ici, au Mexique, je suis frappé par la façon dont les milieux architecturaux sont isolés de la population, alors que l’art de la fresque bénéficie d’une popularité unique!
En 1931, à Prague, un groupe de jeunes architectes a fait une expositions sur les conditions de vie dans la belle capitale tchèque. Elle a causé un tel émoi que la police a dû fermer l’exposition pourtant modeste dans laquelle elle a été présentée.
A Oslo, en 1932, une coopérative de jeunes architectes a fait un reportage cinématographique sur le logement dans la vieille ville qui a forcé les journaux de toutes tendances politiques à prendre la question du logement et de l’amener sur la place publique. Le résultat de ces deux cas, c’est que les grandes masses de la population ont commencé à se préoccuper des idées développées dans l’architecture et ont été vues comme un moyen d’améliorer les conditions de l’ hygiène …

Pourquoi est-ce ici, au Mexique, où il y a un mouvement syndical , une université de travailleurs, une paysannerie éveil, il n’existe aucun moyen d’associer la population aux formes architecturales ?
Si nous acceptons la conception de l’architecture décrite ici, les conclusions suivantes peuvent être tirées concernant la formation de l’architecte:
a) Il doit être formé en tant qu’analyste, il doit être en mesure de saisir la réalité dans toutes les différentes formes sous lesquelles elle apparaît: Comme il est préoccupé tout au long d’une réalité socio-économique, il doit avoir une connaissance de la sociologie (sans être un sociologue spécialiste). Sinon, comment sera-t-il en mesure de travailler, par exemple, au Mexique, où de nombreux systèmes sociaux (pré-féodal, féodal, capitaliste, où émerge un système de transition au socialisme) se mêlent? Comment pourrait-il être en mesure de comprendre les formes de logements prises dans ces quatre ensembles de conditions sociales? Il ne suffit pas pour lui d’avoir quelques lueurs sur la coopérative ou les mouvements syndicaux en général, il doit être en mesure de saisir les différences entre la vie coopérative et le commerce.
b) Il doit se former pour être un inventeur créatif et maîtriser l’architecture par la pensée exacte et analytique (il n’est pas un artiste formaliste). Il doit connaître les sciences biologiques (sans devenir un biologiste spécialiste!).
Car sans l’hygiène ou la climatologie ou la science de la gestion, il n’aura pas de schémas fonctionnels, c’est-à-dire pas de données sur lesquelles il peut élaborer ses formes architecturales.
c) En tant qu’artiste, il doit être un maître des différents systèmes de tensions […] Je veux parler des tensions entre les différents matériaux, leur structure de surface, de la division, les proportions: leur effet dans un groupe ou isolés … en bref les moyens pour une mise en forme psychologique délibérée de la structuration de la matière.
d) Sa formation technique et de construction devrait inclure ci-dessus toutes les formes normalisées. (Dans des cas particuliers, il aura besoin de l’aide de l’ingénieur spécialiste!).Il doit être familiarisé avec les méthodes normalisées de construction sur lesquelles se fondent à la fois l’artisanat et les préoccupations pour des sytèmes hautement industrialisés. Mais il doit aussi être familier avec les anciennes méthodes de construction. (S’ il n’ y est pas, comment peut-il effectuer des rénovations ou reconstructions et comprendre l’histoire de l’architecture?)

e) Il doit être un maître de l’histoire architecturale pas comme une théorie vide de formes de construction, mais aussi un enregistrement de la relation entre le style et la forme de la société. Seulement si il saisit, par exemple, le caractère coopératif des guildes médiévales et leur désir d’être maîtres de leur propre destin, seront-il être en mesure de comprendre la multitude de formes fonctionnelles qui étaient nouveaux sur le Moyen Age en Europe (I je pense à des escaliers, des oriels). Il doit apprendre à comprendre que le rythme des colonnes doriques change avec le rythme de la vie sociale, et qu’un peuple refoulés ne peuvent jamais créer ordres libres de colonnes. Il doit être capable d’apprécier le folklore comme quelque chose de plus que les textiles et poteries décorées, à savoir comme une traduction de l’imaginaire de la nature et de la religion dans ces milieux fonctionnels tels que des fibres végétales, laine, argile, etc conte coloré de Mexique textiles seraient tout à fait inimaginable dans un environnement sombre!
f) Il doit avoir une connaissance de l’urbanisme (sans être un urbaniste). Sinon, comment sera-t-il en mesure d’adapter son immeuble dans le cadre général de la ville?
Comment pourrait-il être en mesure d’étudier les formes structurelles de l’urbanisme, en particulier la répartition des angles, des lignes d’horizon, des parcs et zones verdoyantes, s’il n’a pas une idée des fins de planification de la ville?
Mais l’architecte n’est pas lui-même pas un urbaniste!
… En conclusion permettez-moi de résumer mes suggestions pour la réorganisation de votre académie d’architecture:
L’éducation des systèmes de production dans le domaine de la construction réelle.
Développement d’un système collaboratif du travail.
Développement de la liaison avec la critique publique et sociale
La libération économique des élèves et de leurs professeurs
Pas d’école pour des intellectuels ! Aucun formalisme! Développement des pouvoirs créateurs de l’inventeur architectural.
Rappelez-vous: L’architecture est une arme qui en tout temps a été exercée par la classe dirigeante de la société humaine. Au Mexique, vous vivez dans un état ​​qui est l’un des plus démocratiques, et des plus progressistes au monde. Battez-vous pour une architecture vraiment progressive.

Meyer Hannes, formation de l’architecte, Conférence de l’Académie de San Carlos, Mexique 1938

Cette conférence avait pour but de montrer les axes de travail de la méthode Meyer qui ont façonné le Bauhaus à partir de 1928. C’est par son action que les principaux ateliers du Bauhaus se sont regroupés pour former l’atelier du second oeuvre, plus prompt à faire émerger des idées collaboratives.
Sa vision profondément objective et sociale a orienté son travail dans une direction scientifique, collaborative, anti-subjective à laquelle ont pris part beaucoup d’architectes du modernisme quand ils ont eu la volonté de donner à leur discipline une autre dimension que celle qui consistait à concevoir des maisons pour la bourgeoisie.
Même si l’histoire ne lui a pas donné forcément raison, il voulait mettre en avant les capacités organisationnelle de l’architecte afin de faire émerger des formes nécessaires  issues de  la collaboration de savoirs et de savoir-faire, plutôt que les capacités émotionnelle, artistique et démiurgique des architectes et des artistes.

Ne dérogeant en rien à sa méthodologie, il n’a fait que très peu de concession. Ce qui fait que son approche a plutôt effrayé la classe dirigeante des pays dans lesquels il s’est installé. Dans les faits, il n’ a que très peu construit. Et même pas du tout après sa période Bauhaus.
A la fin des années 30, il s’est réfugié dans son pays natal, la Suisse. Et vécu certainement pas assez de temps pour voir sa vision de l’architecture gagner en popularité durant les années 60. Avec les succès et les échecs que l’on connait.

Biographie en quelques dates :

Naissance à Bâle en 1889. Issu d’une lignée l’architectes datant le XVIIème siècle, il s’oriente vers des études techniques durant un temps ; avant de suivre les cours de l’Ecole d’Arts appliqués de Berlin.
1912 – Il s’installe à Bath en Angleterre pour suivre des cours d’urbanisme.
1914 – Il retrouve la Suisse pour jouer un rôle dans le mouvement coopératif de Freidorf.
1919 – Il participe à l’élaboration des logements en nid d’abeilles de Freidorf qui concernaient 500 000 familles. A cette occasion, il quitte le mouvement coopératif (introduit par Owen) pour se convertir au marxisme.
A partir des années 20, il prend part au mouvement moderne en effectuant des voyages pour rejoindre ses principaux acteurs.
1924 – De retour en Suisse, il fait son auto-critqiue des logements Freidorf, qui, confiés à de petites entreprises n’étaient pas à même à répondre au besoin de standardisation.
1926 – Dessine le projet pour la Peterschule de Bâle. Ce projet retient l’attention de Gropius.
1927 – Gropius le nomme à la direction de l’atelier d’architecture (nouvellement créé) du Bauhaus.
1928 – Gropius quitte la direction du Bauhaus devant la récurrence des conflits. Il nomme Meyer à la direction pour apaiser le climat.
1928-1930 : Il réalise l’Ecole de la Fédération générale des syndicats allemands à Bernau. Seul projet d’envergure accepté durant sa carrière post-Freidorf.
1930 – Meyer est limogé de la direction du Bauhaus après que Kandinsky l’ait dénoncé au Maire de Dessau pour ses orientations marxistes.
1930-1936 – il se rend à Moscou pour enseigner l’urbanisme. Il joue le rôle de conseil dans plusieurs aménagement de villes.
1938 – il enseigne l’architecture durant une courte période à Mexico.
Il retourne la même année à Bâle avant la première guerre mondiale.
1939-1954 – Il construit quelques maisons et  meurt en 1954.

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