Slavoj Žižek – Le Guide pervers du Cinéma



Initiative intéressante du célèbre et talentueux Slavoj Žižek que de prendre le prétexte du cinéma pour parler de psychanalyse, ou inversement, prendre plutôt la psychanalyse pour parler de cinéma – ce qui revient exactement au même dans le cas présent – ; et de le faire par le biais de la perversion. On ne peut que féliciter cet exercice – quelque peu périlleux comme on va le voir – mais tout autant légitime … je vous invite donc à visionner ce petit documentaire :

(version courte du documentaire)

Bien évidemment, quelques esprits rigoureux pointeront les manques un peu gênants du philosophe – voire les contre-sens – qui altèrent un peu la démonstration. Notamment sur une notion non peu importante dans le cas présent  qui est celle du Moi.

D’ailleurs … en passant … comme ça … pour ceux qui s’intéressent au sujet … la question du Moi en psychanalyse est peut-être le premier dilemme, voire le premier piège que pose un analyste expérimenté à un apprenti quand il lui demande sa définition. L’apprenti balbutiant une sorte de prêchi-prêcha proche de Zizek, comme quoi le moi serait une sorte d’étage réservé au sujet conscient. Ce qui est tout bonnement incomplet, voire complètement faux …

En fait, il faut bien le comprendre, et j’en profite pour donner quelques éléments théoriques :

 » Il n’existe pas entre le Moi et le Ça de séparation tranchée. […] Le Moi nous apparaît comme une pauvre créature soumise à une triple servitude et vivant, de ce fait, sous la menace d’un triple danger : le monde extérieur, la libido du Ça et la sévérité du Surmoi. Trois variétés d’angoisse correspondent à ces trois dangers, car l’angoisse est l’ex­pression d’un recul devant un danger. Situé entre le Ça et le monde extérieur, le Moi cherche à les concilier, en rendant le Ça adaptable au monde et, grâce à ses actions musculaires, en adaptant le monde aux exigences du Ça. Il se comporte, à proprement parler, comme le médecin au cours du traite­ment psy­cha­nalytique : il s’offre lui-même, avec son expérience du monde exté­rieur, aux aspirations libidineuses du Ça, et cherche à diriger sur lui toute la libido de celui-ci. Il n’est pas seulement l’auxiliaire du Ça : il est aussi son esclave soumis qui cherche à gagner l’amour de son maître. »

Sigmund Freud, Le Moi et le Ça.

Mon Dieu ! Relire ces quelques lignes avec vous, me procure un certain plaisir – j’en suis sûr très communicatif – qui vous fait peut-être dire, qu’il n’y a pas encore si longtemps sur l’échelle de l’humanité, il y avait encore de l’intelligence ici-bas.

Ceci étant, on ne peut pas reprocher à un philosophe de s’attaquer au discours analytique, d’autant plus que c’est fait avec un travail de mise en scène certain … Et encore moins de s’attaquer à un sujet largement méconnu qui est celui du désir, de son objet, de l’autre, du grand Autre, et de son orientation perverse qui définit, il est vrai, la légitimité du cinéma. Et puisqu’il en est ainsi, allons directement aux faits  :

Qu’est-ce que la perversion ?

Je vous vois déjà … je vous intéresse soudainement … nul doute sur cela. Allez dîtes-le ! Vous aimeriez savoir si votre compagnon – ou celui qui vous attire en secret – ou celui vous a laissé à l’état de légume quand vous êtes parti(e) – pourrait se qualifier ainsi … me trompé-je ? … peut-être -ô surprise- est-ce même un pervers narcissique  ?

Ainsi pourriez-vous résoudre la grande histoire de chacun : qu’est-ce qui vous attire tant chez le pervers, dans cette sorte d’emprise qu’il exerce sur vous et ses proies ?

Comme pour être un peu plus légitime sur un sujet aussi périlleux, et peut-être pour accorder mes violons, j’ai demandé à un psychanalyste chevronné de me parler en quelques mots de cette fameuse perversion. Et il en retire essentiellement ceci de cet échange : à savoir, que le pervers se définit par un certain rapport à la Loi. La Loi, c’est la sienne. C’est indiscutable …

En d’autres mots, c’est lui qui définira les modalités du désir et peut-être même de la jouissance… comment désirer ? c’est bien la question à laquelle vous n’aurez pas à vous occuper tant il sera évident que tout ceci vous sera imposé …

En cela, on ne peut lui enlever une qualité fondamentale au pervers – souvent sous-estimée – qu’il se donne totalement à l’Autre … C’en est même stupéfiant… Et pour revenir à ce documentaire, c’est bien là la puissance du cinéma. Son grand rôle idéologique, politique, et pratiquement totalitaire … Car dans le cinéma, ce n’est pas tout à fait comme dans la vie, il y a non seulement des rapports sexuels, et les acteurs se donnent beaucoup de mal pour vous le montrer; mais plus que ça, le cinéma vous indique comment vous devez désirer … En cela Zizek a raison de pointer ce fait en introduction. Le cinéma ce n’est que de l’idéologie et peut-être la plus perverse qui soit.

Mais au delà de toutes ces banalités, je m’en excuse presque d’en dire autant. Que cherche le pervers dans cette affaire ? Qu’est-ce qui est en jeu fondamentalement dans la perversion ? Où trouve-t-il sa jouissance ?

Evidemment, le savoir de Zizek ne peut que balbutier des paraphrases lacaniennes : qu’il y ait enfin ce qu’on pourrait appeler des rapports sexuels… c’est évident … ça on l’a déjà dit … mais sans entrer dans les détails scabreux, que cherche-t-il dans son activité fantasmatique qui le pousse parfois à mettre en scène des situations quelque peu étranges au niveau même de cette sexualité ? … comme par exemple dans les rituels SM que vous connaissez tous, où il est amené à lécher les bottes de la prostituée qu’il a engagé pour l’occasion.

C’est un grand mystère de l’humanité. Et vous ne m’en voudrez pas de pas répondre à l’instant à cette question … pour vous tenir peut-être en haleine, afin que vous reveniez visiter ce site …

Mais pour vous aiguiller un peu … Le fait indéniable :  qu’il n’y ait pas réellement de rapports sexuels, c’est ce que dit l’hystérique. Vous pouvez  ne pas le croire si vous voulez. C’est votre droit.  Mais ce n’est pas très sûr que son être soit totalement engagé dans ce type de rapports à l’hystérique. Mais bon, elle se prête au jeu avec souvent un talent fou. Ce qui pourrait suffire me diriez-vous …   Et bien voyez-vous, la différence entre un névrosé et un pervers, c’est tout simplement que le pervers sait très bien cela, et qu’il est parfaitement capable de trouver d’autres lieux de la jouissance.

« le désir est le désir de l’Autre »
Jacques Lacan.

 

Fulgence Ridal

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