Maison-Atelier – Theo van Doesburg

Après la maison Melnikov, il est presque impossible de ne pas parler de son anti-thèse  : la maison-atelier de Theo van Doesburg de Meudon. Dessinée par l’architecte lui-même, et pour ses besoins personnels, afin de célébrer « la nouvelle architecture  anti-décorative ». D’ailleurs, la critique de l’architecture constructiviste russe de Theo van Doesburg est intéressante à plusieurs égards car elle nous aide à comprendre sa démarche architecturale :

Revenons maintenant aux tentatives de l’architecture moderne, nous devrions certainement être surpris de découvrir que les architectes lefistes [nom des constructivistes], ceux qui devraient nous fournir de l’art pour la communauté, font des plans qui sont basés uniquement sur ​​la spéculation esthétique, et sont donc totalement impropre à l’exécution pratique. Voir pour le monument de  pour la Troisième Internationale de Tatline, la Wolkenbügel de Lissitzky, l’”architecture aveugle” de Malevitch etc.  je ne fais un coup de couteau à l’énorme pléthore de conceptions esthétiques utopiques [...]

Il faut se demander si ces projets ont une valeur en plus du point de vue spéculatif, esthétique, et si ces modèles peuvent être utiles pour répondre à la pénurie de logements et les conditions de vie misérables de la classe ouvrière russe. [...]Cette architecture n’est pas seulement basée sur l’imagination pure, mais la construction de ces projets pourraient  entraîner un énorme gaspillage de l’espace et des matériaux.

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A cette époque, lors de son élaboration, durant les année 20, Theo et sa femme Nelly se lient d’amitié avec les Arp qui habitent dans la même rue.  Avec l’aide d’Abraham Elzas, Theo dessine les plans de cette maison qui devait étendre ses fonctions pour organiser une sorte de mini centre d’art.
A noter la chose intéressante : à la différence de Melnikov qui préférait l’utilisation des cylindres, Theo van Doesburg a choisi  de lier deux parallélépipèdes rectangles de 44 mètres carrés chacun. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, les parois sont en paille, prises en sandwich par des plaques de plâtre renforcées de ciment. Procédé inventé par Serge Tchayeff qui a le seul inconvénient d’être assez sensible à l’humidité.

Ce qui est frappant à première vue, c’est la ressemblance avec la maison Scröder de Rietveld à Utrecht. Mais un petit regard sur l’intérieur nous dissuade d’un tel jugement.

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A coup sûr, la maison-atelier de Meudon est un chef d’oeuvre de l ‘architecture moderne.  Elle a été classée monument historique en 1965. Elle appartient désormais à l’Etat néerlandais qui invite régulièrement des artistes en résidence.

A noter que l’artiste n’a jamais habité dans cette maison, car il mourut en 1931, avant que la maison ne fut terminée.

Maison Melnikov

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Un mouvement vient de naître en Russie qui consiste à réhabiliter les bâtiments de la période constructiviste en péril pour cause d’obsolescence …. autant physique qu’idéologique, serait-on tenté d’ajouter.

Ainsi des artistes et historiens de l’art de Moscou et d’ailleurs commencent à s’organiser afin de réunir des fonds pour rénover la structure de ces bâtiments.

Alors, doit-on signer cet appel à la sauvegarde de ces bâtiments et notamment de la maison Melnikov ?

La question est difficile comme le remarque Ross Wolfe sur son blog , car l’obsolescence fait partie du processus de construction de l’édifice.
C’est à vous de trancher dans cette affaire, moi-même j’aurais tendance à affirmer qu’il serait bien dommage de mettre en péril ces monuments de l’architecture. La question de la sauvegarde se pose donc, comme elle s’est posée pour les villas Malaparte, Savoye, Noailles et bien d’autres.

Information sur la maison Melnikov /

La maison Melnikov, qui est restée longtemps méconnue pour cause d’excentricité, est un projet pour l’architecte lui-même et sa famille. Il était censé organiser autant un espace de vie que de travail. Dessinée durant la deuxième moitié des années 20, la maison s’est voulue un modèle expérimental. Elle était reproductible, obéissant donc aux idéaux du modernisme. Adaptable dans le temps, les différentes ouvertures devaient pouvoir insérer d’autres projets architecturaux le cas échéant.

Melnikov aurait eu l’idée de cette construction cylindrique en brique lorsqu’il a assisté à une rénovation d’une tour du XVIème siècle dans les environs de Moscou. Mais beaucoup insistent -à juste titre- sur l’héritage de l’architecture de l’allemand Erich Mendelsohn chez qui on retrouve cette idée de deux cylindres qui s’assemblent pour former un objet complexe. C’est la raison pour laquelle ce projet reste inclassable dans son style. Beaucoup y voit une approche expressionniste, tandis que d’autres restent dans le qualificatif constructiviste.

Les plans de la maison /

Les plans de la maison présentés sont les originaux. Ils ont été conçus par l’architecte lui-même. Ils organisent l’espace selon une circulation verticale. Comme vous pouvez le voir, à la jonction des deux cylindres, est  placé l’escalier qui permet de se déplacer sur trois niveaux.

La construction /

Visiblement, la construction de la maison n’a souffert d’aucune difficulté particulière, et l’édifice a parfaitement  tenu malgré les températures très froides durant l’hiver, ainsi que les  très fortes chutes de neige.

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Les intérieurs /

Vidéo du projet commentée par Richard Pare /

Fair Enough : Pavillon russe de la Biennale de Venise

Vernissage TV nous propose une visite du pavillon russe de la Biennale Architettura (2014) sur le thème de l’histoire de la modernité et du présent. A travers une vision humoristique et subversive, les curators de l’exposition transposent les thèmes modernistes et constructivistes dans le contexte de l’hyper-consommation et du divertissement.

Il est noté dans le communiqué de presse :

«Dans le pavillon russe, nous présentons le stand comme une expo: chaque stand présente un exemple de notre architecture moderne, illustré par une combinaison de matériaux historiques et nouveaux, et décrit aux visiteurs par un représentant qui prêche les vertus du concept, et il se connecte aux besoins contemporains. Le salon s’étend tout au long de la première semaine de la biennale, puis progressivement s’arrête, laissant un environnement abandonné rempli de dépliants, brochures et catalogues que les visiteurs peuvent explorer à leur guise, accompagnés par audioguide app de l’exposition.
Fair Enough est une exposition d’idées. Chaque exposition marque une étape importante dans la modernisation et efface un chemin pour de nouveaux efforts. Ensemble, ils forment un marché de l’invention urbaine – fabriqué en Russie, ouverte sur le monde »

Visite de l’exposition /

Au delà de l’aspect complètement subversif de l’exposition, on perçoit l’ambiguïté de cet héritage moderne qui a façonné la culture occidentale. Il était question à l’époque que le prolétariat se réapproprie son outil de travail et façonne une nouvelle société. On perçoit cet anachronisme a posteriori dans le monde de la consommation et du divertissement qui nous laisse rêveur.

Toujours est-il que les russes sont un peu coincés avec cette histoire, ne sachant pas s’il faut l’admirer ou la cacher. Il existe un nouveau assez conservateur qui voudrait rayer de la carte tous les bâtiments de la période constructiviste ; et notamment la fameuse maison Melninkov.

Peut-être n’ont-ils pas compris que l’on regardera bientôt ces bâtiments comme des joyaux de la culture universelle ; et l’on se dira, pour le meilleur ou pour le pire, qu’il s’est passé quelque chose ici-même.